Le deuxième colloque international de la SEECHAC, consacré à « L’expression politique et religieuse de la souveraineté en Himalaya et Asie Centrale : rituels, textes, représentations, institutions, de l’antiquité à nos jours », s’est tenu au Museo Nazionale d’Arte Orientale Giuseppe Tucci, les 10 et 11 octobre 2011. On trouvera ci-après le programme définitif du colloque et le résumé des communications. Ces documents suffisent à rendre compte du contenu scientifique du colloque et de son intérêt.
Je voudrais remercier nos collègues le Prof. Anna-Maria Quagliotti, Professeur à l’Université de Naples et Vice-présidente de la SEECHAC, et le Dr. Massimiliano A. Polichetti, Conservateur du Museo Nazionale d’Arte Orientale Giuseppe Tucci, d’avoir si bien organisé ce colloque. Grâce à eux, il s’est parfaitement déroulé. Je voudrais aussi remercier notre ami Michel Colas qui leur a apporté son aide. Le personnel du Museo Giuseppe Tucci s’est montré très hospitalier et très attentif à nos besoins. Qu’il en soit lui aussi remercié.
Le colloque a été suivi par une centaine de chercheurs, italiens et étrangers, y compris américains et japonais. Il a été l’occasion pour beaucoup de participants de découvrir les très belles salles du Museo Nazionale d’Arte Orientale Giuseppe Tucci dont le contenu s’accordait parfaitement au sujet du colloque. Il a permis à tous les participants, originaires de pays très divers, de nouer ou renouer des liens scientifiques et personnels et, dans bien des cas, de se voir pour la première fois. C’est une des utilités majeures de ce type de colloque. Les chercheurs travaillant sur l’Himalaya et l’Asie centrale sont peu nombreux et très souvent obligés de travailler isolément. Le colloque de la SEECHAC a permis à beaucoup, et en tout cas aux plus jeunes, de rencontrer des collègues travaillant sur la même région ou le même sujet, de juger aussi de leur compétence et de leur méthodologie, et d’échanger avec eux informations et adresses. Les plus jeunes ont commencé à se faire un nom. C’est précisément l’un des buts de la SEECHAC. Un coup d’œil au programme montre que la plupart des centres de recherche européens concernés étaient représentés à Rome. Nous nous en félicitons.
L’étape suivante consistera à renforcer le caractère européen et international de la SEECHAC en faisant entrer dans ses organes de direction davantage de collègues non-français. Après deux colloques internationaux réussis, il nous faut dès maintenant penser au troisième colloque, prévu pour 2013. Toutes suggestions sur le lieu du colloque (de préférence hors de France, pour marquer le caractère européen de la SEECHAC) et son thème sont d’ores et déjà les très bien venues.
Nous devons aussi les plus grands remerciements au Dr. Massimiliano A. Polichetti qui nous a permis de nous réunir nombreux le jour suivant dans son Musée, normalement fermé ce jour-là. Nous avons ainsi été une cinquantaine à participer à la table ronde organisée par le Prof. Anna-Maria Quagliotti sur Avalokiteśvara en Inde, Asie centrale et Chine. On trouvera le programme ci-après. Des documents et des projets nouveaux y ont été présentés. Chaque communication a été suivie de très longues, très savantes et très utiles discussions. Merci à tous les intervenants : nous avons tous quitté le Musée avec le sentiment d’avoir beaucoup appris et beaucoup de reconnaissance pour nos collègues italiens.
Gérard Fussman
Président de la SEECHAC
Museo Nazionale d'Arte Orientale
22/10/2011 14:37
22/10/2011 14:02
Rome, Museo Nazionale d’Arte Orientale « Giuseppe Tucci » - 10 et 11 octobre 2011
(programme susceptible de changements de dernière minute)
| 9h00-9h15 | Accueil des participants, remise des badges et documents. |
|
9h15- 9h 40 |
Ouverture du colloque. Allocutions d’accueil par Dr Luigi La Rocca, Superintendent of MNAO, Dr Massimiliano A. Polichetti, Prof. Gerard Fussman et Prof. Anna Maria Quagliotti. |
|
9h40-10h |
Jacques Giès (Paris): Translation, bouddhisme en Asie Centrale, IVe-IXe siècles. |
|
10h-10h25 |
Deborah Klimburg-Salter (Wien): Visual Rhetoric: the Kashmiri style in Tibetan Art. |
| 10h35-11h00 | Pause |
|
11h-11h25 |
Harry Falk (Berlin): The chronologies used in Indo-Scythian, Indo-Parthian and Kushan times in Greater Gandhara: a synopsis with new material. |
|
11h35-12h00 |
Giovanna Lombardo (Roma): At the origins of power and sovereignty: the Late Bronze Age necropolis of Kangurttut (Southern Tadjikistan). |
|
12h10-12h35 |
Zafar Paiman (Kabul and Paris): Le monastère de Tepe Narenj: un témoignage de l’art “hephthalo-bouddhique”. |
| 12h45-14h30 | Pause déjeuner |
|
14h30-14h55 |
Katsumi Tanabe (Tokyo) : Iconographical study of a limestone Buddhist relief allegedly unearthed in Northern Afghanistan. |
|
15h05-15h30 |
Erika Forte (Wien): Ensuring sovereignty: the Buddhist legitimization of the Kingdom of Khotan. |
|
15h40-16h05 |
Ciro Lo Muzio (Roma): Bird symbolism in Central Asian headgears. |
| 16h15-16h40 | Pause |
|
16h40-17h05 |
Arcangela Santoro (Roma): The universal sovereignty of the Buddha in Kizil. |
|
17h15-17h40 |
Lore Sander (Berlin): Donors in Kizil caves. |
|
17h50-18h15 |
Anna Filigenzi (Napoli, Wien): Praxis and orthopraxis in pre-medieval Buddhism: a glimpse into the relationship between lay and religious power. |
|
18h25-18h50 |
Margherita Mantovani (Roma): La Religione della Luce nelle lettere ebraiche del prete Gianni. |
|
9h00-9h25 |
Bruno Genito (Napoli): Scythic kurgans and kingship. |
|
9h35-10h10 |
Isabelle Charleux (Paris): Rois et reines dans les portraits des souverains mongols du XIIIe au XVIIIe siècle. |
|
10h15-10h40 |
Patrizia Cannata (Roma): Religions as a tool for political control and national identity’s statement in the Uyghur empire. |
| 10h50-11h15 | Pause |
|
11h15-11h40 |
Paola Mortari Vergara Caffarelli (Roma): Pelden Lhamo, The protective goddess of the Dalaï Lamas in Tibetan architecture and art. |
|
11h50-12h10 |
David Pritzker (Oxford): Rin chen bzang po and the treasures of mKha rtse. |
|
12h10-12h35 |
Charles Ramble (Paris): How to be a good king: Tibetan treatises on monarchy and statecraft. |
| 12h45-14h30 | Pause déjeuner |
|
14h30-14h55 |
Hubert Feiglstorfer (Wien): Architectural concepts, layout and structure of religio-political centres in historical Western Tibet. |
|
15h05-15h30 |
Christiane Kalantari (Wien): Iconography of sovereignty and religio-political power in early Western Tibet. |
|
15h40-16h05 |
Christian Jahoda (Wien): Festival and ritual tradition in key religio-political centers of historical Western Tibet (mNga’ris skor gsum). |
| 16h15-16h40 | Pause |
|
16h40-17h05 |
Marialaura Di Mattia (Roma) : The religious factor as a political tool in the establishment of the Western Himalayan kingdoms. |
|
17h15-17h40 |
Erberto Lo Bue (Bologna): The main image in Gtsug lag khang of Rgyal rtse and its religious and political meaning. |
|
17h50-18h10 |
Laura Giuliano (Roma): Oēšo and the King. |
|
18h20-18h50 |
Discussion générale et clôture du colloque. |
26/06/2011 13:25
Organized and Chaired by Prof. Anna Maria Quagliotti
Moderator: Prof. Kuo Liying
| 9h30 | Anna Maria Quagliotti (Napoli) | Presentation |
| 9h40 | Gérard Fussman (Paris) | The beginnings of the iconography of Avalokiteśvara in India |
| 10 h30 | Monika Zin (München and Berlin) | Avalokiteśvara in India |
| 11 h | Anne Vergati (Paris) | The cult of Red Avalokiteśvara in Nepal |
| 11h 30 | Dorothy Wong (Charlottesville, VA) | Avalokiteśvara in Central Asia and China |
26/06/2011 13:21
L’expression politique et religieuse de la souveraineté
en Himalaya et en Asie Centrale :
rituels, textes, représentations, institutions,
de l’antiquité à nos jours
Tout membre de la SEECHAC peut assister au colloque et demander à y faire une présentation. Les interventions, prononcées en français, italien ou anglais, ne devront pas dépasser vingt-cinq (25) minutes. Du temps sera réservé pour les discussions. Les résumés seront en anglais.
Le comité d’organisation (le bureau et le conseil de la SEECHAC) désirerait recevoir dès maintenant et en tout cas avant le 31 octobre 2010 des demandes d’inscription et des propositions d’intervention (4 ou 5 lignes expliquant le thème de celle-ci) à l’adresse : contact@seechac.org.
Le comité d’organisation procédera si nécessaire à une sélection en tenant compte de la qualité, de l’adéquation entre le sujet traité et celui du colloque, et des nécessaires équilibres entre jeunes chercheurs et savants chevronnés, entre les pays et périodes faisant l’objet d’interventions, et entre le pays d’origine des intervenants.
Gérard FUSSMAN,
Président de la SEECHAC
20/10/2009 21:32
La chaire d’indianisme que j’occupe au Collège de France porte le nom de « chaire d’histoire du monde indien ». « Monde indien » est la traduction française de l’expression anglo-indienne « Greater India ». Le concept n’est pas très éloigné de celui maintenant popularisé par Sheldon Pollock: « the Sanskrit cosmopolis », c’est-à-dire un monde dont les divisions politiques ne cachent pas une réalité fondamentale: le partage d’une culture informée par le sanskrit. On se rend en effet trop peu compte, y compris chez les indianistes, que le concept d’Inde, qu’il soit géographique (le sous-continent indien limité par la mer d’Oman, le golfe du Bengale et l’Himālaya) ou géopolitique (aujourd’hui la République indienne ; dans sa plus grande extension la vice-royauté britannique des Indes dans les frontières atteintes en 1914, qui coïnci- daient à peu près avec celles de l’Inde géographique), n’a de valeur que pour les politiques. Ce qu’on appelle la civilisation indienne est dans beaucoup de régions de l’Inde géographique une tard venue. Par contre, des pays politiquement considérés comme non- indiens, la Birmanie, la Thaïlande, l’Indochine et singulièrement le Cambodge, Śrī Lanka, quelques îles indonésiennes aussi, dont Java, Sumatra et Bali, durant le premier millénaire de notre ère au moins, appartenaient autant à la culture indienne que l’Andhra Pradesh ou le Bengale oriental à la même époque. La population parlait des langues non-sanskritiques et vénérait des dieux locaux. Mais la langue de culture et de la politique était le sanskrit ou le pāli, la religion était le même hindouisme ou le même bouddhisme qu’en Inde continentale, les formes architecturales et artistiques étaient largement inspirées des traités techniques indiens.
Au nord, l’influence indienne doit beaucoup à l’expansion du bouddhisme. Le Tibet, malgré la différence de langue, est l’héritier direct du bouddhisme de la vallée du Gange et de nombreux moines tibétains connaissaient parfaitement le sanskrit. En Afghanistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, les fondations bouddhiques furent nombreuses et ces pays constituèrent une sorte de tremplin pour les moines qui apportèrent en Chine et au Japon, avec le succès que l’on sait, textes et images bouddhiques. Mais les apports se firent aussi dans l’autre sens. Du IIe siècle avant notre ère au VIesiècle de notre ère existèrent des royaumes à cheval sur l’Asie centrale et le sous-continent indien. Les conquêtes isla- miques, ensuite, mirent sur le trône de Delhi Afghans, Turks et Moghols qui gardèrent longtemps leur langue d’origine et imposèrent leurs goûts.
C’est pour tenir compte de cette réalité et réunir les quelques savants européens qui travaillent à la fois sur l’Asie centrale et le sous-continent indien que fut fondée à Paris en 2007 la Société européenne pour l’étude des civilisations de l’Himâlaya et de l’Asie centrale. Il était normal que le Collège de France, où mes prédécesseurs Sylvain Lévi et Jean Filliozat ont tant fait pour montrer que les frontières de l’Inde ne se limitent pas à celles du sous-continent, et la chaire d’histoire du monde indien accueillent son premier colloque international. Le thème du colloque était « la création artistique face aux contraintes politiques et religieuses de l’Himâlaya à l’Asie centrale, de l’Antiquité à nos jours ». Il permettait de traiter de sujets purement religieux (par exemple la création et l’évolution de l’image du Buddha ou des dieux) ou politiques (peintres et sculpteurs face à l’étiquette et aux conventions de cour). Il permettait aussi d’aborder des sujets très contemporains comme la transformation des danses lamaïques et du théâtre tibétain traditionnel confrontés à la double pression de la volonté normalisatrice des autorités chinoises et du goût des publics européens et américains devant lesquels les troupes tibétaines se produisent assez souvent.
Le colloque s’est tenu les 27 et 28 avril 2009 au Collège de France, devant un public nombreux, dont beaucoup de spécialistes. Le nombre des interventions avait été limité à vingt pour permettre de longues discussions qui furent suivies avec beaucoup d’intérêt. Les intervenants étaient français, italiens, britanniques, allemands et même canadiens et américains, venus à leurs frais, preuve de l’intérêt que la nouvelle SEECHAC suscite même au-delà des frontières de l’Europe, preuve aussi de son utilité scientifique.
Beaucoup de communications furent de très haut niveau, qu’elles traitent de la civilisation de l’Oxus, des représentations symboliques du pouvoir en Inde, au Khorezm et Iran, des variations iconographiques dans les arts du Tibet et de Dunhuang, des circonstances politiques entourant la création de grands monastères tibétains etc. Le colloque a aussi marqué la grande vitalité des études tibétaines, anciennes et contemporaines, et, par contre coup, marqué en creux les domaines moins à la mode vers lesquels il faudrait attirer les jeunes chercheurs. L’émergence d’une génération de jeunes et enthousiastes anthropologues du Tibet contemporain et de la diaspora tibétaine a été l’un des traits saillants de ces deux journées.
Par ailleurs, le colloque a bien rempli sa fonction à mes yeux essentielle: faire se rencontrer et mieux se connaître des spécialistes aux conceptions et intérêts à première vue très divers, mais qui tirent bénéfice pour leur pratique future des idées, méthodologies et problématiques exprimées lors des interventions, des discussions publiques et des entretiens privés par des collègues dont souvent il ne connaissaient d’abord que le nom. Ce colloque était fait pour briser les limites des spécialités, permettre à de jeunes chercheurs et à des chercheurs plus expérimentés de se connaître et éventuellement de se confronter, et réunir des collègues de toute l’Europe avec l’espoir de faciliter ainsi l’émergence de groupes de recherches européens, scientifiquement nécessaires vu le petit nombre de spécialistes et l’ampleur des sujets, mais aussi seuls capables d’obtenir des financemens européens.
Le personnel technique du Collège de France a permis que ce colloque difficile (toutes les interventions, sauf une, étaient accompagnées de projections de formats très divers) se déroule dans les meilleurs conditions. Les participants ont tenu à le marquer à la fin du colloque et dans les lettres reçues depuis. Ce n’était que justice.
Un deuxième colloque de la SEECHAC est programmé pour 2011, à Rome très probablement: la SEECHAC est une organisation qui se veut véritablement européenne.■
Pr Gérard Fussman